Le desman des Pyrénées est l’un des animaux les moins connus du massif, et l’un des plus singuliers. Ce petit mammifère semi-aquatique passe presque toute sa vie dans l’eau vive des torrents, à l’abri des regards. Il complète le tableau de la faune du parc par une discrétion rare.
Un mammifère qui n’a rien d’une souris
Malgré son allure de grosse musaraigne, le desman appartient à la famille des taupes. Son museau mobile, étiré en une petite trompe, lui sert à fouiller le fond des rivières. Sa fourrure dense et imperméable l’isole du froid, ses pattes arrière palmées assurent la propulsion et sa longue queue aplatie fait office de gouvernail.
Il ne pèse que quelques dizaines de grammes. Insectivore, il se nourrit surtout de larves d’insectes aquatiques et de petits crustacés qu’il capture sous les pierres. Il est actif la nuit et au crépuscule, ce qui explique en grande partie sa discrétion.
Un milieu de vie exigeant
Le desman est endémique des Pyrénées et du nord de la péninsule Ibérique : on ne le trouve nulle part ailleurs dans le monde. Il fréquente des ruisseaux de moyenne montagne comme des torrents d’altitude, à condition que l’eau y soit froide, rapide, bien oxygénée et limpide. Il y trouve des cachettes sous les pierres et dans les berges, ainsi qu’une nourriture abondante tant que le cours d’eau reste en bon état.
Cette dépendance à une eau fraîche et propre le rend fragile. Une rivière qui se réchauffe, s’assèche ou se charge de sédiments devient vite inhospitalière.
Des menaces diffuses
Les pressions qui pèsent sur l’espèce sont nombreuses, et aucune ne se voit d’un coup d’œil. Les prises d’eau, certains aménagements hydroélectriques, les travaux dans le lit des rivières, les pollutions et la présence d’espèces introduites peuvent dégrader ou morceler son habitat. Le réchauffement climatique ajoute une incertitude, car des étés plus chauds et des débits plus faibles réduisent les eaux fraîches dont l’animal a besoin.
L’espèce est protégée et suivie par des scientifiques. Plutôt que de chercher à voir l’animal, ils recherchent des indices, par exemple des crottes déposées sur des pierres émergées, qui peuvent être analysées.
Une sentinelle de la qualité des eaux
Parce qu’il exige une eau fraîche, oxygénée et riche en petits invertébrés, le desman est considéré comme un indicateur de bonne santé des rivières de montagne. Sa disparition d’un tronçon peut signaler un problème de qualité d’eau ou de débit, parfois avant que d’autres signes ne soient visibles.
Protéger le desman revient à protéger l’eau dont dépendent aussi les truites et les insectes. Pêcheurs et randonneurs y ont chacun leur part : la page sur la pêche en montagne aborde la réglementation et l’éthique à respecter près des torrents. Le patrimoine naturel des Pyrénées offre d’autres exemples de cette fragilité.
Peut-on l’observer ?
Pratiquement pas. Contrairement à la marmotte, qui s’observe de jour sur les pentes herbeuses, le desman vit la nuit, sous l’eau, dans des torrents rapides et souvent d’accès difficile. Les rares observations relèvent de la chance.
Le meilleur geste est de le laisser tranquille. Restez sur les sentiers, évitez de traverser les torrents sans nécessité, ne déplacez pas les pierres du lit et ne jetez rien dans l’eau. Les règles de fréquentation évoluent : vérifiez-les avant de partir.
À retenir
- Le desman est un petit mammifère semi-aquatique, endémique des Pyrénées et du nord de la péninsule Ibérique.
- Il dépend de torrents froids, rapides et propres, sensibles aux aménagements et aux pollutions.
- Sa présence ou son absence renseigne sur la santé d’un cours d’eau.
- Presque impossible à voir, il se protège en respectant les berges.



