Sur de nombreuses pentes herbeuses des Pyrénées, au-dessus de la forêt, on avance dans un tapis de touffes rêches et serrées. C'est le gispet, une graminée si répandue qu'on la remarque à peine, alors qu'elle façonne le paysage et l'économie de la montagne. Le comprendre aide à mieux lire ce que l'on traverse en randonnée.
Une graminée en touffes dures
Le gispet, de nom scientifique Festuca eskia, est une fétuque aux feuilles fines, raides et coriaces qui forment de grosses touffes denses qui finissent par couvrir presque tout le sol. Ces touffes se renouvellent lentement, et un même pied peut vivre longtemps. Vu de loin, le gispet donne aux versants une teinte vert jaunâtre, qui vire au roux en fin de saison.
Son nom vient des parlers pyrénéens et désigne cette herbe typique de la chaîne. On la trouve dans les Pyrénées et dans des massifs voisins du nord de l'Espagne, mais elle reste associée, dans l'esprit des randonneurs, aux paysages pyrénéens.
Un habitat d'altitude sur sols acides
Le gispet s'installe aux étages subalpin et alpin, c'est-à-dire autour et au-dessus de la limite des forêts. Il préfère les sols acides, souvent issus de roches comme le granite, et se plaît souvent sur des pentes bien exposées au soleil. Là où il domine, on parle de pelouses à gispet, où peu d'autres espèces trouvent la place de s'installer.
Il affronte sans mal le froid, le vent, la neige qui tarde à fondre, ainsi que des étés parfois secs. Cette robustesse explique son succès sur les versants les plus rudes.
Un allié contre l'érosion, un piège sous les semelles
Les racines serrées du gispet retiennent la terre et limitent le ruissellement, ce qui protège les pentes des glissements et de l'érosion. Sur un versant raide, la couverture d'herbe est un véritable rempart, souvent plus efficace qu'on ne l'imagine.
Pour le marcheur, c'est aussi un terrain trompeur. Les touffes sèches ou mouillées sont glissantes, et hors sentier les pieds butent dans les creux entre les mottes. Rester sur le tracé évite les chutes et limite le piétinement : une fois la touffe arrachée, la pente se fragilise. Les conseils plus généraux figurent dans le panorama des itinéraires de randonnée.
Pâturage, estives et cohabitation
Le gispet fait partie des herbes des estives. Une fois adulte, ses feuilles sont dures et peu nourrissantes ; les jeunes pousses, plus tendres, sont en revanche consommées par les troupeaux de brebis, de vaches ou de chevaux montés en été. Le pâturage et le gispet évoluent ensemble depuis longtemps.
Le pastoralisme contribue ainsi à entretenir ces milieux ouverts, qu'il est important de connaître pour comprendre le patrimoine naturel et culturel de la chaîne. Les fleurs d'altitude s'installent dans les interstices et sur les pelouses voisines, et les isards et marmottes fréquentent ces versants, comme le montre la page sur la faune du parc. Dans certaines zones protégées, comme les réserves naturelles, le pâturage fait l'objet de règles propres.
Un milieu sous l'effet du climat
Les changements climatiques modifient peu à peu les pelouses d'altitude : hausse des températures, enneigement moins régulier, déplacement progressif de certaines espèces vers le haut. Si l'élevage recule sur certaines pentes, des arbustes peuvent aussi regagner du terrain. Les scientifiques suivent ces évolutions, dont le détail reste difficile à prévoir.
À retenir
- Le gispet est une graminée en touffes dures, caractéristique des pelouses d'altitude pyrénéennes.
- Il aime les sols acides et couvre largement les étages subalpin et alpin.
- Ses racines protègent les pentes de l'érosion, mais ses touffes sont glissantes sous les chaussures.
- Rester sur le sentier protège à la fois le marcheur et la pelouse.



